9.4.08

Visites

A midi, ils se terraient dans leur maison. Il faisait chaud, nous étions seuls sur la route, et nous arrêtions quand nous voyions une porte ouverte. A l’ intérieur, il faisait sombre, et un homme ou une femme – le plus souvent seul – était assis à une table. Il y avait l’ odeur du pays dans la pièce, celle des quelques meubles, des vêtements, des habitants, mais aussi celle de la terre qui rentrait. Ce mélange, le visiteur n’ en était pas conscient, il le connaissait depuis longtemps.
En face de la maison de la vieille, de l’ autre côté de la route, exactement dans le virage, il y avait celle, minuscule, de l’ employé de ferme. Cet homme se signalait par son parler rauque et indistinct et par son regard clair dans un visage à la peau un peu violacée. Comme beaucoup ici, il avait travaillé la terre toute sa vie, mais il était sans doute le seul à en avoir tiré une si maigre retraite. Nous aimions aller le saluer devant sa maison, sur le pas de la porte, car chez lui il n’ y avait pas de place pour un visiteur.
De ces hommes pauvres, qui se souviendrait après leur mort ? Ils habitaient la terre sans parents, sans descendance, oublieux de leur propre vie.

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